city-marketing-lights-night

 

Par Anaël Turcotte

 

Chaque matin je me lève, je vis ma petite routine de réveil en me rendant au travail. Les yeux à moitié fermés, je m’étire et je me concentre sur les besoins de mon corps et sur l’avancement du temps qui me rappelle à l’ordre. Mission : glisser dans mes vêtements, me doucher, flatter le chat, essayer de m’arranger les cheveux (échec assuré), puis café, gruau, verre d’eau. Un peu décevant si on compare ce rituel matinal aux annonces de Folgers ou de Maxwell House. Où est allé tout ce monde souriant que je ne connais pas qui est censé m’attendre autour de ma table de cuisine pour me verser une bonne tasse fumante et rire, avec des dents trop blanches, à mes grognements de réveil? Où est le voisin à la retraite qui est censé venir me voir à sept heures du matin sur mon patio pour me prêter son nouvel arrosoir à pression de chez Canadian Tire? Je fabule, la vie n’est pas une publicité. Voyons donc.

 

Je mets mes souliers de l’an passé pris en solde chez Fillion, mon foulard du Simons, et ma tuque du Hart. Je sors et PAF! Le monde me saute aux yeux, m’assaille de marques, de slogans et de pubs d’un océan à l’autre. J’enlève le publisac de ma boîte postale, je jette le dépliant de rénovation de toitures qui traînait sur ma poignée de porte, je salue la grosse pancarte au fond du champ qui annonce une crème pour le visage et me voilà parti.

 

Au Tim Horton’s j’attends que la publicité de cappuccino se termine pour pouvoir regarder le menu sur écran, puis j’attends à l’intérieur de l’abribus dans lequel une affiche essaie de me vendre du linge. L’autobus vêtu de pubs de sushis s’arrête et je m’assois sur un siège vert sous un plafond de banderoles alléchantes m’invitant à changer mon forfait de cellulaire.

 

Ça me fait penser : j’ouvre mon téléphone. Sur Facebook, des pubs prennent le tiers de l’écran, sans parler des publications commanditées. Je recherche « météo » sur Google qui me force toujours deux-trois résultats boostés au-dessus de la liste, puis je regarde par la fenêtre et je juge les noms d’entreprises qui bordent la rue jusqu’à ma destination. Je sors de l’autobus devant le dépanneur qui me fusille de « bière-froide-loto-vin-cheap-friandises-glace-passes-de-bus-sandwichs-au-poulet-passés-date-surettes-forfait-sur-l’essence-à-l’achat-de-etc-etc » et je croise au coin de la rue une voiture recouverte de logos de Pepsi. Étape finale : j’ouvre la porte de chez Promotel et je redeviens rédacteur publicitaire. Hashtag société de l’image.

 

On vit entourés de propositions à « améliorer » notre vie. Je veux dire : aurais-je vraiment pris un extra bacon dans mon sous-marin si le gars ne me l’avait pas proposé? L’avoir demandé moi-même, je me serais senti un peu porc (sans vouloir faire de jeu de mots). Je ne ressens pas que c’est nécessaire jusqu’à ce qu’on me lise mon droit de me bourrer la face dans le gras. Même histoire pour une panoplie d’autres produits. Je voudrais aller vers les choses parce qu’elles manquent à ma vie, non pas qu’elles viennent vers moi parce que je manque à la leur.

 

En même temps, on va se la dire, il y a quelque chose de rassurant dans cette abondance. On a l’impression de ne rien oublier, parce qu’on veut tout nous vendre en tout temps. Au fond, l’attitude à prescrire serait simplement de se contenir, d’user de tempérance. Il faut se recentrer sur soi pour ne pas exploser notre budget et pour filtrer ce que l’on voit. Nous vivons à l’époque de l’information, alors nous nous adaptons. Elles ne nous dérangent plus les publicités, les annonces, les informations en surplus. On filtre les images et les sons, et on passe à autre chose. La publicité devient un décor, elle passe souvent inaperçue.

 

C’est pour cette raison que beaucoup d’entreprises font du marketing de contenu. Elles créent et partagent du contenu qui intéresse les gens, et elles forgent leur image petit à petit en s’insérant à même les intérêts des individus au lieu de créer des intérêts artificiels. Au long terme, je crois que tout le monde y gagne. Nous vivons dans un monde plus dynamique et nous retrouvons peu à peu le rapport dialogique entre client et commerçant. L’entreprise stimule, informe et divertit son client, puis le client réagit s’il est interpellé d’une façon qui l’intéresse.

 

La publicité évoluera toujours. On s’entend, il existe un spectre de possibles entre la propagande et l’information pure, en passant par la publicité subliminale et le marketing sensoriel. Il y aura sans cesse de nouveaux moyens de rejoindre un client. Je crois que l’important, encore une fois, est que l’entreprise s’adapte à son époque, et que l’individu sache filtrer son environnement pour ne pas devenir un consommateur avide.

 

Ceci étant dit, préparez-vous… Le temps des Fêtes arrive! Pensez faire changer votre filtre de réalité encrassé par la publicité ambiante! En solde jusqu’à Noël, 50% de rabais sur tous nos modèles de filtres de réalité sélectionnés en magasin. Consultez le dépliant pour joindre… etc., etc.

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