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Y’a du monde qui ne m’aime pas. Mais pas pantoute.

 

Quand tu fais un métier qui t’oblige à t’exposer violemment au public, tu fais face à quatre types de personnes : ceux qui t’aiment, ceux qui te haïssent, ceux que tu rends indifférents et ceux qui n’ont aucune foutue idée de qui tu es. Un artiste, c’est une éponge à opinions, qui en plus doit composer avec sa propre tête.

 

« Ben voyons, Guy, c’est pas tous les comédiens, chanteurs, metteurs en scène, écrivains, ballerines, tralala, qui sont névrosés! »

 

Ayyyyhhrhrrrhghggggg…

 

Oui.

 

Y’a du monde qui me déteste parce que je parle trop fort. Sur scène, je projette. Beaucoup. En impro, je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un « joueur généreux ». Je prends la place que la scène m’oblige à prendre. Si tu n’en prends pas autant que moi, je suis navré, mais je vais te tasser.

Au théâtre, on me donne à jouer des arrogants, des hauts en couleurs, des petits méchants, des bougonneux. C’est mon casting, et je les fais bien. En partie parce que je suis un peu comme ça, aussi. Y’a du monde qui me déteste pour ça. Et je ne peux pas leur donner complètement tort.

Quand j’anime, les techniciens me haïssent. Je suis animateur radio de formation. Avec la voix d’animation qui vient avec, plus ce qui a été mentionné ci-haut. Résultat : le micro ne suit pas, ma tendance fatigante à toujours vouloir jouer vient s’en mêler, je fais fluctuer le son à tout moment, et le tech’ sait plus où donner de la tête sur ses pitons.

Leur faute. Je n’ai pas de pitons à suivre, ce sont les pitons qui doivent me suivre.

Même quand je suis arrivé chez Promotel, on m’a chicané pour des textes trop littéraires. Et on me demande, encore aujourd’hui, pour ces chroniques dont vous êtes friands, de retirer des passages utilisant un langage trop vulgaire pour un blogue corporatif. Ça se comprend. Je l’avoue. Mais oui, encore là, je suis trop quelque chose.

 

Comme tous les artistes, j’ai l’épée de la critique qui pend au-dessus de ma tête. Avec les années, j’ai appris à en faire fi.

Lors des bonnes journées.

Durant celles-ci, I’m goddamn good at what I’m doing. L’arrogance et l’égocentrisme à son meilleur, au plus haut degré, pétant le thermomètre du Je-me-moi. God que je m’épouserais. À ce moment-là, je me fous éperdument des quatre catégories de gens. I’m just awesome.

 

Lors des mauvaises, je suis une merde incomparable et je vais mourir dans l’anonymat parce que je suis trop merdique dans ce que je fais. Personne ne m’aime. Tout le monde m’haït. Je suis un sous-amateur. Et cetera.

 

C’est correct, d’avoir des gens qui te haïssent parce que tu respires, parce qu’ils t’aiment pas la face. Y’a sûrement du monde, autour de Janine Sutto, qui l’ont déjà haït. On s’entend-tu que c’est la madame la moins haïssable du monde? Et pourtant, elle doit faire de quoi qui plaît pas à quelqu’un, quelque part. Je sais pas. Elle vieillit trop fort? Elle sape son Jell-O?

 

Tu t’en sors pas.

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C’est correct. On vit avec. Le pire, c’est pas les ceuses qui t’aiment pas. Ce sont les autres. Toi. Toi là, qui viens me dire : « T’es vraiment bon! »

 

Tu viens de toute me mélanger.

 

Sur la bonne journée, je vais te dire, avec ma face condescendante qui se prend pas pour du pepi : « Je le sais. » Tu vas peut-être rire, parce que tu vas comprendre le 2e degré, mais la fille à côté de toi, peut-être pas. Elle, elle va se caser dans la catégorie de ceux et celles qui me haïssent.

 

Sur la mauvaise, je vais questionner ta santé mentale. Comment peux-tu me trouver bon, alors que j’ai passé la soirée à bégayer, à me tromper dans les noms et à n’obtenir aucune réaction du public? Je vais te répondre : « Ah, ben, merci. »

Je le sais que c’est un commentaire de pitié. Arrête pis va-t’en.

 

Mais c’est plus compliqué que ça, encore.

 

Je ne sais pas quoi faire de tes compliments.

 

On dirait qu’en passant son temps à se construire un mur entre soi-même et la critique, pour garder intact le petit fil de raison fragile qui nous empêche de finir à l’asile, on vient qu’à plus savoir comment gérer les éloges.

 

Le « je le sais » avec ma face condescendante, c’est le mur qui parle. Et si t’en rajoutes, le mur craque, et derrière s’expose le petit garçon inquiet, incertain et constamment angoissé par son impact sur son métier que je suis.

Je regarde par terre, le sang me monte aux joues, je cherche à me sauver. Arrête de me complimenter. Je sais pas quoi faire avec ça. Je dis merci? Je le mérite pas. J’ai fait une erreur, tantôt. Tu l’as pas entendue? Je me souviens juste de ça, bâtard! Comment, tu t’en souviens pas? Je me suis trompé dans mon texte! Ma voix a squeaké! J’ai eu un blanc! J’ai perdu mes culottes! J’ai dit « anus » au lieu de dire « ours »!

 

La dernière est vraiment déjà arrivée.

 

Je me gratte la tête, derrière l’oreille droite, même si ça ne me pique pas. C’est toujours ce que je fais, quand je suis gêné. J’ai hâte que ce moment-là finisse. Arrête de me complimenter.

 

Et pis la semaine prochaine, je chialerai que personne n’apprécie ce que je fais.

 

J’haïs ça, être un artiste.

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