Prendre la route en hiver : une source d’appréhension, de craintes, de peurs. Plus j’avance en âge, plus je crains les sautes d’humeur de dame nature lorsque je dois prendre le volant. Même si le plaisir se trouve au bout de la route, mon thermomètre interne se bat contre une fièvre sournoise.

Un mal psychosomatique qui est largement alimenté par les prévisions météorologiques. Suis-je la seule (j’en doute!) à constater que le vocabulaire météo s’est enrichi de termes apocalyptiques au fil des ans?  Et pourtant, les bancs de neige de mon enfance n’avaient rien à envier aux bilans des deux dernières décennies. « Ah! Comme la neige a neigé », clamait-on dans nos campagnes témiscouataines… Ce pauvre Nelligan serait abasourdi de constater que ses soirs d’hiver sont devenus de véritables champs de mots catastrophiques.

Sa mine déconfite ressemblerait à celle de mon fils dont les espoirs gisent gelés lorsque, par un beau matin enneigé de janvier, l’Info-tempête de sa commission scolaire affiche, malgré tout, que toutes les écoles sont ouvertes!  C’est qu’il existe un stratagème insidieux en ces murs d’études secondaires où les jeunes, pianotant sur leurs téléphones intelligents, peuvent voir leur fil d’actualité Facebook envahi par les prévisions météo du lendemain. Et là, ça jase dans les corridors : il n’y aura pas d’école demain!  Il arrive le soir gonflé à bloc, convaincu qu’il n’a pas à faire ses devoirs de demain. Il annule déjà sa boîte à lunch… « J’te l’dis m’man… Il n’y aura pas d’école demain. Ils annoncent 25 centimètres de neige. Tout le monde en parle à l’école, même les profs! ». Et quand le verdict « école ouverte » tombe à 7h00 le lendemain matin, les pieds deviennent lourds à transporter jusqu’à l’embarquement. Les grands projets de la journée de congé sont soudainement désorganisés!

Pour comprendre, il faut fréquenter ces plateformes et voir à quel point la météo enflamme rapidement les esprits! Elle n’est plus seulement le sujet de « small talk » le plus prisé, mais aussi l’un des plus populaire en termes de publications sur les réseaux sociaux!  Et côté vocabulaire, on rivalise d’audace pour transformer un simple bulletin de météo en chronique de l’horreur apocalyptique:

Bombe météo.

Cocktail météo.

Météo déchaînée.

Conditions de blizzard.

Vents destructeurs.

Fermetures d’école massives.

Un verglas comme celui de 1998.

Risque de temps violents.

Une vague de froid extrême.

Immense système dépressionnaire.

Tempête du siècle… Cette dernière ne devrait plus être vue pour un certain laps de temps, puisqu’elle a déjà été utilisée dans ce siècle-ci. Il faudrait être conséquent, non?

Des alertes météo, des avertissements, des veilles météorologiques.…

Et même, lors de la dernière tempête de janvier, on publiait une liste des éléments que doivent contenir un kit de survie, en prévision d’une tempête de verglas.  Au royaume de la peur, mieux vaut prévenir que guérir, certes, mais à sonner l’alarme au fur et à mesure que les centimètres de neige montent sur la carte météo, on crée une sorte d’anxiété généralisée. Certains diront que cette peur permet peut-être de limiter les dégâts lorsque les éléments naturels se déchainent. Peut-être que c’est pour ça que je ne prends plus la route lorsque les médias s’enflamment pour un 20 à 40 centimètres de neige accompagné de rafales allant jusqu’à 70 kilomètres-heures. J’avoue, je suis anxieuse de nature.

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